| Pluviôse |
![]() Il pleut. Il pleut à petit bruit Sur le vieux chemin de traverse… – Quel Dieu, pour nous punir te verse, Ô campagne, le jour, la nuit, Cette pluie à si menu bruit ? – C’est comme un chagrin qui nous suit Et goutte à goutte nous transperce, Un gris sans fin qui porte en lui Tant de lassitude et d’ennui Que le cœur tout entier s’y noie. – Un linceul d’eau grise tournoie Sur les vieux chemins qui se noient… – Ô luisantes feuilles de soie Qui dans le soleil et la joie Brodaient les vergers lourds de fruits ! Jardinet rose autour d’un puits… – Se peut-il que l’hiver s’emploie À gâcher tous les coins de joie ? – On va, songeant aux nids détruits. La corde pleure sur le puits, Les arbres pleurent dans la plaine… – Comme dans le cœur de Verlaine,1 Il pleut, il pleure à petit bruit. C’est comme un chagrin qui nous suit… Et peut-être aussi qui nous mène, – Vers où, vers quoi, si tôt, si tard ? Au glas persistant des gouttières Un château se meurt quelque part ! – Des chaumes s’effondrent, épars… – Et des yeux gris, dans le brouillard, (Est-ce une toile de Carrière2 ?) Regardent au loin, quelque part, Vers la ville aux jaunes lumières… -------------------- 1 Allusion au poème Il pleure dans mon coeur de Paul Verlaine. 2 Pour plus d'information sur ce peintre, voir Eugène Carrière. Note : le Pluviôse correspond au cinquième mois du calendrier républicain (20/21 janvier au 18/19 février)
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