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          Marguerite Ginet naît à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) en 1878. Femme de lettres, elle écrivait des poèmes (dont certains ont été primés dans divers concours de poésies), des contes et des nouvelles. Elle était aussi journaliste dans plusieurs journaux parisiens, entre autre Le Figaro, Le Gaulois et Le Journal de José Maria de Heredia. Marguerite Ginet fréquentait alors les milieux littéraires et artistiques, avant d’épouser, au début du vingtième siècle, Gaston Sicaud, avocat et Conseiller de Préfecture à Montauban, qui, avait douze ans de plus qu’elle. Ils auront deux enfants : Claude, né le 21 janvier 1911 et Sabine, notre poétesse prodige, née le 23 février 1913.


          Marguerite Ginet se consacrera après son mariage entièrement à sa famille et à l’éducation de ses deux enfants. Le plus grand objet de sa fierté : les succès littéraires de sa fille Sabine qui commence à gagner en 1924 et 1925 ses premiers prix de poésie à l’âge d’onze et de douze ans ! L’année suivante, c’est la consécration de notre jeune poétesse avec la parution du seul recueil de poèmes  de son vivant : Poèmes d’enfant aux éditions Les Cahiers de France à Poitiers, avec une belle préface de la Comtesse Anna de Noailles. Ce premier texte rassemblait vingt-neuf de ses tout premiers poèmes. Puis, arrive le drame : la maladie de Sabine en fin 1927 et sa mort à quinze ans, le 12 juillet 1928. Toute son affection se portera sur son fils unique qui décèdera assez tôt, en 1949, à l’âge de 38 ans. Son mari Gaston Sicaud était mort des suites d’une hémorragie cérébrale la veille de Noël en 1942, à l'âge de 76 ans.

 

          Après cette panoplie de malheurs, l’état de santé de Marguerite Ginet va se détériorer. Souffrant d’une artérite, on devra l’amputer de la jambe gauche et elle restera grabataire le restant de ses jours. Loin de s’avouer vaincue face à toutes ces épreuves, Marguerite Ginet ne ménagera pas ses efforts pour faire connaître et publier les poésies de sa fille Sabine pendant plus de 30 ans. En 1958, un an avant son propre décès survenu le 20 septembre 1959 à l’âge de 81 ans, et trente ans après celui de sa fille, elle verra ses vœux exaucés avec la publication posthume des Poèmes de Sabine Sicaud, grâce au travail d’un ami de la famille, le professeur François Millepierres. Ce recueil présentera pour la première fois au public une cinquantaine de poèmes inédits de Sabine et sera publié aux Éditions Stock. Bien sûr, ces deux recueils de poèmes de Sabine Sicaud sont depuis longtemps épuisés et introuvables en librairies et en bibliothèques.

 

         La meilleure description physique, psychique et spirituelle de Marguerite Ginet revient au portrait que nous en livre Marguerite Fechner, une des rares amies de la famille Ginet-Sicaud (1) :

 

          « Autrefois journaliste à Paris, elle avait collaboré à divers quotidiens de la capitale. Elle aimait à raconter comment elle avait interrogé le redoutable Clémenceau, qui avait été séduit par l’esprit de ce petit bout de femme qui n’avait pas l’air de redouter l’approche du Tigre.

        Elle était, en effet, aussi petite et menue que son mari avait été grand et fort. Elle aimait à dire qu’elle ressemblait autrefois à Sarah Bernard. Lorsque je l’ai connue, son visage avait pris l’aspect d’une pomme d’api ridée, surmonté d’une chevelure encore abondante et grisonnante. Mais ce qui était surtout caractéristique chez elle, c’était son regard étonnamment jeune d’écureuil curieux de tout et sa voix chaude aux accents roulants. Elle avait un esprit à part, et savait caractériser quelqu’un en deux mots incisifs – jamais méchants – mais qui décrivaient si bien un être que lorsqu’on le rencontrait on ne pouvait que souscrire à ce jugement. Sa façon d’écrire ne ressemblait à aucune autre. Ses phrases, toujours courtes, n’étaient jamais d’un seul jet, mais le résultat de quelque chose de concerté, qui avait été raturé plusieurs fois avant d’être envoyé au net sur de petits bouts de papier sans tenue.

          Par un miracle que je ne me suis jamais expliqué, elle, qui ne sortait que très rarement, savait toujours tout. Sa puissante personnalité lui valait, malgré l’étendue de ses malheurs, de voir beaucoup de monde. Deux fois crucifiée dans sa chair et son cœur, elle savait, cependant, masquer son immense chagrin, pour s’intéresser aux autres. Elle savait écouter – mérite qui est loin d’être banal – et du fond de son lit de grabataire, durant les dernières années de sa vie, elle pouvait, tout en gravissant son long calvaire, évoquer tant et tant de visages qui lui avaient été si chers, tant et tant de vies qui avaient croisé la sienne, mais que ne pouvaient lui faire oublier ses deux enfants.

          Elle qui, au départ de sa vie conjugale, n’acceptait pas la maternité, revint assez vite sur cette idée et fut la mère la plus dévouée et la plus tendre qui soit. Une mère abusive et exclusive, sans doute, mais une mère crucifiée, comme nous l’avons dit, et qui devait voir partir ses deux enfants, sans pouvoir rien faire pour les sauver. Peut-être, aussi, son inexpérience et son ignorance, sinon son dédain, des choses matérielles et des précautions élémentaires, n’ont fait que précipiter la terrible issue. »

 

          Il est à noter que le testament de Marguerite Ginet-Sicaud, enregistré le 4 décembre 1959, ordonnait de détruire toute correspondance, papiers et manuscrits lui appartenant. Les cahiers de Sabine, remplis de notes de toutes sortes, ont ainsi disparu après la mort de Madame Sicaud.

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(1) La version intégrale de la lettre de Marguerite Fechner, publiée, avec sa permission, par Maurice Luxembourg dans La Revue de l'Agenais en 1968, peut être lue en cliquant >>>ICI<<<.

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