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« Les bouleversants poèmes de Sabine Sicaud », par Claude Mauriac

Chronique « La vie des Lettres » in Le Figaro, 12-11-1958


          En 1926 paraissait sous le titre Poèmes d’enfant un petit volume, aujourd’hui introuvable, préfacé par Anna de Noailles. Son auteur, Sabine Sicaud, avait dix ans. (1) Il paraît que cette publication fit quelque bruit à l’époque.

 

          Nous aurions été nombreux à n’en rien savoir et le nom de cette petite fille aurait continué à n’être connu que de quelques-uns si n’étaient parus ces jours-ci aux éditions Stock ces Poèmes de Sabine Sicaud qui sont une révélation.

 

          Pourquoi ai-je lu ce mince ouvrage dès que je le reçus ? Pas le lendemain, ni le soir, mais immédiatement après avoir défait le paquet qui, avec bien d’autres livres, me l’apportait ? Je ne sais. J’ai toujours pensé qu’un sûr instinct nous guide dans nos lectures et que nous allons tout droit aux livres qu’il nous faut à l’heure même où ils nous sont nécessaires.

 

          Les Poèmes d’enfant (dont M. François Millespierres nous dit dans la préface qu’ils étaient souvent réclamés et parfois cités dans des anthologies ou à la radio) sont ainsi réédités. Mais tout charmants qu’ils soient ils n’auraient guère suffi à retenir notre attention si le volume ne s’achevait sur un certain nombre d’inédits bouleversants.

 

          Née le 23 février 1913, Sabine Sicaud mourut le 12 juillet 1928 après une longue maladie demeurée mystérieuse. Et c’est de sa souffrance et de sa souffrance seule que parle l’enfant-poète dans ses derniers vers. On a scrupule à faire aussi peu que ce soit de la littérature autour de ces poèmes décantés, nus. Il faut les lire, pleurer et se taire.

 

         Longtemps la confiance et l’espoir demeurent, mais la douleur se fait de plus en plus violente, le désarroi des médecins réussit de moins en moins à se camoufler, il faut laisser toute espérance : la mort est là. Sabine Sicaud se tait :


« Vous parler?  Non.  Je ne peux pas.
Je préfère souffrir comme une plante,
Comme l'oiseau qui ne dit rien sur le tilleul…
»

 

          Mais le poème suivant, que nous lisons, comme les précédents, les larmes aux yeux, commence ainsi :


« Ah! laissez-moi crier, crier, crier … »

 

          Écrits qui sont des cris, littérature la plus noble qui soit. En ce même mois de juillet 1928 mourait un petit garçon à peu près de l’âge de Sabine Sicaud et du mien, mon cousin Bertrand Gay-Lussac dont les souffrances aussi furent… Mais aucun qualificatif ne peut désigner l’impardonnable douleur d’un enfant. Sans doute est-ce là coïncidence de ces dates, où j’ai vu on ne sait quel signe et puisé on ne sait quelle consolation, qui m’a fait choisir parmi tant d’autres le livre déchirant et beau de Sabine Sicaud dont le nom ne sera plus oublié.

 

Claude Mauriac.

 

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(1) Erreur, en 1926, Sabine avait alors treize ans ! [Guy Rancourt]

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