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     Photo du tournage du film « Le puits de Jacob » d'Édouard José (1925)

Je vous dois cette chose
Avoir vu devant moi s'ouvrir la porte close,
Comme celle d'Ali Baba,
Sa caverne était là - sans voleurs - toute blanche
Et bleue, et mauve, en ses feux allumés, son branle-bas,
Ses décors, ses lointains d'étoffes et de planches.

Studio...  Temple de la magie !  Ô lampes d'Aladin,
Puzzle mystérieux de villes, de jardins,
Visages peints de couleurs irréelles...
On tourne... Scène brève entre mille autres.  Rien,
Un détail, mais qu'on pousse et qui vivra, lien
Rattachant je ne sais quelles pages entre elles.

Nous sommes, paraît, dans un café concert
Et c'est Constantinople...  Et c'est la mer
D'où vient ce matelot qui danse,
Et tant de peine pour danser à contretemps,
Pour tituber, le verre en main, roulant, chantant,
En gestes mal venus qui recommencent !

Metteurs en scène, je vous aime d'avoir chaud,
De vous époumoner, d'être, à la fois, paroles,
Rythme, souffle, souffleur, de vivre tous les rôles
Tous les instants du film derrière le rideau.

Et vous, les humbles figurants, foule anonyme
Sur laquelle mes yeux glissaient jadis, indifférents
Je vous retrouverai, désormais, sur l'écran,
Un par un, et comme plus proches, presque intimes
D'avoir pu vous comprendre mieux - ou deviner...

Le reste, maintenant, je l'imagine.
Et quand vous passerez, coteaux de Palestine,
Puits de Jacob, avec votre Cochbas halluciné,
Derrière les vrais paysages,
Les grands artistes, les grands noms, je reverrai
Dans un coin de studio, tant d'efforts ignorés,
Tant de soucis, de travaux patients, de maquillages.
De vrais rires, de vrais chagrins aussi...  Tant de visages.

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In Mon Ciné, N° 209, 18 février 1926.

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