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[ Cet aïeul est probablement le Docteur Malbec,
arrière-arrière-grand-père de Sabine Sicaud. ]


          Pendant que nous montions la côte dans le tonneau, X... nous a parlé du père de Madame Élisabeth [arrière grand-mère de S.S.]. C'était passionnant. Il nous semblait voir l'habit bleu barbeau, le chapeau tyrolien et le jabot de dentelle. Il était petit et portait de hauts talons. 

          Il montait de très grands chevaux, l'un noir, Barzignan, l'autre blanc, Arzane. Il dansait, chantait, peignait, composait des comédies en vers et en prose, s'était improvisé maître de ballet dans un pensionnat de demoiselles et jouait du violon. Il en joua tout le long du chemin quand il s'en fut à Rome : c'était un voeu qu'il avait fait pour expier sa conduite envers sa jeune femme, Aurore, qui pleurait souvent. (Avec ses airs de violon, il payait les auberges). 

          Il avait une grande réputation de médecin : on venait le chercher de loin ; et il avait tellement d'esprit que les histoires qu'il racontait sont encore célèbres. Mais il se faisait payer « en nature » par les gens du pays, en blé par le meunier ; en rubans par la mercière ; en poisson par le pêcheur, et cela réservait bien des surprises à la famille. Une fois, après une maladie grave du charron, il lui commanda un carrosse et le charron voulut si bien se distinguer qu'il réussit un carrosse deux fois plus large que les chemins où l'on passait alors. L'arrière grand-père continua ses visites à cheval, et le carrosse finit en cage à poules devant la tour de la Tite. 

          La Tite était sa maison de campagne et se composait uniquement d'une tour sur le colline de C. (Lot et Garonne), entourée de fossés où vivait un bouc (paiement du chevrier, je pense). L'escalier de la tour, transformé en bibliothèque, avait des rangées de livres, de marche en marche, jusqu'au sommet, et je ne sais plus ce qu'on trouvait sur la plateforme. 

          Quand il eut quatre-vingt ans, l'arrière grand-père estima qu'il avait assez fait de médecine et que le droit serait plus intéressant. Il prit ses inscriptions à la Faculté de Poitiers... et les étudiants de cette époque parlèrent jusqu'à leur mort de ce délicieux petit vieux plus jeune qu'eux tous et qui racontait des choses si divertissantes...

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In A.-M. Gossez, Sabine Sicaud, 1913-28
Bulletin mensuel de la poésie en France et à l'Étranger
N°12, 25 mars (1938)

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