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            Chimère, dromadaire, kangourou ?
                        Non.  Rien que cette ombre chinoise,
Fafou, sur la fenêtre, à contre-jour, Fafou,
Toute seule et pensive…  Un fuchsia pavoise
L’écran vert derrière elle, et j’entends, à deux pas,
Des oiseaux qui l’ont vue et s’égosillent.

Fafou se pose en gargouille. Un œil las
Semble à peine s’ouvrir dans son profil où brille,
Cependant, quelque chose, on ne sait quoi d’aigu…
Par là, se cache un nid d’oisillons nus
Pour qui la mère tremble – Fafou songe.

Un tout petit pétale rouge, qui s’allonge,
Marque d’un trait sa gueule fine…  Un bâillement.
Puis un autre…  Fafou dormait innocemment.
Fafou dormait, vous dis-je !  Elle s’étire,
                        La queue en yatagan,
Puis en cierge; le dos bombé, puis creux.  Le pire,
C’est qu’elle n’a pas l’air de voir, s’égosillant,
            La mère-oiseau dans l’if si proche…

            Une patte en fusil, assise, la voilà
Qui se brosse, candide, et sa robe a l’éclat
D’un beau satin de vieille dame où se raccroche
                                   La lumière du soir.
Une dame ? ou quelque vieux diable en habit noir ?

Fafou, je n’aime pas ces yeux d’un autre monde,
Ces yeux de revenant…  Tout à l’heure croissants,
                        Maintenant lunes rondes,
            Pourquoi ces trous phosphorescents
            Dans cette face obscure ?  Sur la toile
Qui se fonce, elle aussi – la toile du jardin
Où les pendants des fuchsias sont des étoiles
            La robe d’un noir vif s’éteint…

– Elle n’est plus qu’un badigeon d’encre ou de suie,
            Un pelage sinistre ! Où l’as-tu pris
Ce noir d’enseigne de chat noir lavé de pluie ?

– Chat noir ou lion noir ? Chauve-souris,
Chouette, quoi ? Je ne sais plus.  Sur la fenêtre,
Une tête où l’oreille plate disparaît…
Lézard, couleuvre ou tortue ? Ah ! Si près,
L’oiseau même ne sait qui redouter, quel être
Fantastique et changeant va ramper cette nuit
Dans le jardin au noir mystère de caverne !

            – Du noir, du noir… Un point luit,
Deux points… deux vers luisants, vertes lanternes…
                                   Fafou, je ne veux pas !
D’où reviens-tu, démon, de quel sabbat,
                        De quelle grotte de sorcière,
Lorsque tes yeux me font cette peur, tout à coup ?

                        – C’est l’heure des gouttières,
De la jungle ! Foulant, d’un piétinement doux,
Une vendange imaginaire, sur la pierre,
Quelle arme aiguises-tu ? Je ne veux pas, Fafou !
Viens sous la lampe ! Un ruban rose au cou,
Un beau ruban rose de jeune fille, rose pâle,
Je te veux, comme en haut d’une carte postale,
Une petite chatte noire, voilà tout…

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